IAS 2021: Un taux faible de cellules T CD4 et une charge virale détectable augmentent les risques de COVID-19 grave, Mercredi 21 juillet 2021

Un taux faible de cellules T CD4 et une charge virale détectable augmentent les risques de COVID-19 grave.

Dr Daniel Nomah (en haut à gauche) à l'IAS 2021.
Dr Daniel Nomah (en haut à gauche) à l'IAS 2021.

Une charge virale détectable et un taux de CD4 inférieur à 500 exposent les personnes séropositives à un risque accru de COVID-19 grave, selon une étude portant sur les cas de COVID-19 dans 16 hôpitaux espagnols.

Les résultats ont été présentés au 11ème congrès sur la science du VIH de la Société internationale du SIDA (IAS 2021).

L'étude a également révélé que chez les patients souffrant de comorbidités multiples - telles que de l'hypertension artérielle, des maladies cardiovasculaires, des maladies rénales chroniques, des cancers - le risque de maladie grave augmentait. Ceci confirme les résultats d'autres études menées auprès des personnes séropositives et de la population générale.

Plusieurs grandes études ont montré que les risques de COVID 19 grave ou de décès étaient plus élevés chez les personnes séropositives , dont une grande étude de l'Organisation mondiale de la santé présentée à l'IAS 2021.

Pour étudier l'impact de facteurs tels que la charge virale, l'immunodépression ou les conditions de santé sous-jacentes, sur les risques de COVID-19 grave chez les personnes séropositives, les chercheurs ont exploré les cas de COVID-19 parmi les 13 142 personnes soignées pour le VIH en Catalogne.

La cohorte était principalement composée d'hommes (81%), d'âge moyen (âge médian 47 ans), avec une charge virale indétectable (81%) et au moins une condition sous-jacente. Le taux médian de CD4 était de 692.

Les chercheurs ont identifié 749 personnes (5,7%) diagnostiquées comme étant atteintes de la COVID-19 au 15 décembre 2020. Parmi elles, 103 ont été admises à l'hôpital, dont sept dans une unité de soins intensifs. Treize personnes admises à l'hôpital sont décédées des suites de la COVID-19.

Les personnes séropositives étaient plus susceptibles d’avoir la COVID-19 s’il s’agissait d’immigrants, d’hommes gays ou bisexuels, ou si elles présentaient au moins quatre comorbidités.

Les personnes séropositives âgées de 75 ans ou plus étaient trois fois et demie plus susceptibles d'avoir des répercussions graves en cas de COVID-19 (hospitalisation ou décès) que les plus jeunes. Les immigrants présentaient également un risque plus élevé de COVID-19 grave.

Les chercheurs ont constaté que si le taux de cellules CD4 n'avait pas d'incidence sur les risques de COVID-19 grave chez les personnes dont la charge virale était indétectable, en revanche, chez les personnes ayant une charge virale détectable, un taux de CD4 inférieur à 500 était associé à un risque accru de problèmes graves.

Présentant l'étude, le Dr Daniel Nomah a conclu que les facteurs de risque mis en évidence par cette étude devraient conduire à vacciner les personnes séropositives en priorité contre la COVID-19.

Les personnes ayant une charge virale détectable et un faible taux de CD4, et celles présentant plusieurs comorbidités avaient particulièrement besoin d'être vaccinées.


Les échecs de la PrEP sont rares dans les programmes africains, mais certains surviennent quand même malgré une bonne adhésion au traitement

PrEP medication in the palm of a hand
Avatar_023/Shutterstock.com

Une étude présentée au congrès IAS 2021 est la première à étudier le taux sanguin des médicaments et la pharmacorésistance chez les personnes qui contractent le VIH malgré la PrEP (un traitement régulier pour prévenir l'infection par le VIH) dans le contexte des programmes de PrEP, en pleine expansion dans quatre pays africains.

L'étude a révélé 229 cas de VIH sur 104 000 personnes sous PrEP en Afrique du Sud, au Kenya, au Zimbabwe et en Eswatini. Bien qu’il soit possible que tous les cas n’aient pas été signalés, cela suggère que le VIH chez les personnes sous PrEP s'avère rare. La majorité des infections sont survenues chez des personnes sous PrEP depuis plus de trois mois.

Un génotypage de la pharmacorésistance a été réalisé sur 118 personnes. Parmi celles-ci, 55% ne présentaient aucune mutation de pharmacorésistance, 22% présentaient des mutations de résistance aux INNTI (non utilisés dans la PrEP) et 23% (27 personnes) présentaient des mutations de résistance à l'emtricitabine ou au ténofovir (les médicaments utilisés dans la PrEP).

Les chercheurs n’ont pas moyen de savoir si ces mutations sont apparues après avoir pris la PrEP ou si elles étaient déjà présente dans le VIH que les personnes avaient contracté. La proportion de personnes présentant une pharmacorésistance à la PrEP et aux INNTI était considérablement plus élevée que le taux de résistance signalé auparavant dans des études portant sur des personnes nouvellement diagnostiquées dans la région.

Le résultat le plus surprenant est que les personnes ayant contracté le VIH et ne présentant aucune pharmacorésistance avaient tendance à avoir un taux de ténofovir sanguin faible, indicatif d’une mauvaise adhésion. En revanche, les personnes présentant une pharmacorésistance semblaient avoir une bonne adhésion. Dans le groupe qui présentait une pharmacorésistance, 78 % avaient des taux de ténofovir correspondant à quatre à sept doses par semaine, ce qui devrait être suffisant pour prévenir le VIH.

Une explication possible est que les personnes aient contracté le VIH pendant une période de mauvaise adhésion ou d'interruption des médicaments, mais qu'au moment où elles ont été testées et diagnostiquées, leur adhésion était bonne. Présentant les résultats, le Dr Urvi Parikh a déclaré que l'étude évaluera la charge virale chez les personnes diagnostiquées séropositives, car une charge virale très élevée indique en général une infection récente.


Un traitement anti-VIH injectable à action prolongée est réalisable, même pendant la COVID-19

Diapositive de la présentation du Dr Maggie Czarnogorski à l'IAS 2021.
Diapositive de la présentation du Dr Maggie Czarnogorski à l'IAS 2021.

L’administration des médicaments anti-VIH injectables à action prolongée, le cabotégravir (Vocabria) et la rilpivirine (Rekambys), par un prestataire de soins une fois par mois ou tous les deux mois, peut être mis en place avec succès dans les cabinets médicaux aux États-Unis, selon une étude présentée à l'IAS 2021. Les prestataires et les personnes séropositives ont rencontré peu d'obstacles à l'administration ou à la réception de ces injections, malgré les changements intervenus dans les services de santé pendant la pandémie de COVID-19.

En janvier 2020, la Food and Drug Administration américaine a approuvé cette association de médicaments (vendue en Amérique du Nord sous le nom de Cabenuva) pour une administration mensuelle. Elle a été approuvée par l'Agence européenne des médicaments en octobre 2020 pour une administration mensuelle ou bimensuelle.

Cette étude a porté sur la mise en place du traitement injectable dans le contexte des cabinets médicaux américains.

Vingt-quatre membres du personnel soignant et des patients de huit cliniques ont répondu à un certain nombre d'enquêtes au cours des 12 premiers mois de mise en œuvre. Dans l'ensemble, le personnel soignant et les patients ont trouvé le régime injectable acceptable et réalisable.

La perception sur sa faisabilité a quelque peu diminué au quatrième mois, puis a recommencer à augmenter jusqu’au douzième mois, à mesure que les cliniques mettaient leurs procédures en place et s'habituaient à administrer les injections. Tout cela malgré les perturbations liées à COVID-19.

Interrogé sur les stratégies qui ont facilité la mise en place, le personnel soignant a cité la bonne communication entre les membres du personnel, le travail d'équipe et l'utilisation d'un planificateur de traitement en ligne. Un processus typique de préparation et d'administration des injections prenait environ une demi-heure. La majorité des membres du personnel (70 %) ont déclaré que les visites mensuelles offraient d'autres avantages aux patients, comme un meilleur engagement envers les prestataires de soins.

Parmi les plus de 100 personnes recevant les injections qui ont été interrogées , plus de 90 % préféraient les injections à leur ancien traitement oral quotidien.


De nombreux pays africains ont amélioré l'accès au traitement du VIH pendant la pandémie de COVID-19

Diapositive de la présentation de Neha Mehta à l'IAS 2021.
Diapositive de la présentation de Neha Mehta à l'IAS 2021.

Selon une étude présentée à l'IAS 2021, les interruptions de traitement VIH ont été moins nombreuses pendant et après les confinements liés au COVID-19 qu'avant la pandémie.

Les premières modélisations de l'impact du COVID-19 prévoyaient que les personnes séropositives auraient du mal à accéder à leur traitement en raison des confinements  nationaux, des restrictions de voyage et des systèmes de santé saturés.

Dans cette étude, les chercheurs ont évalué les données relatives aux interruptions de traitement au Botswana, en Eswatini, en Namibie, au Rwanda, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe.

Ils ont examiné les données des programmes de traitement du VIH, en comparant le nombre de patients ayant subi une interruption de traitement au cours des mois où les mesures COVID-19 étaient les plus restrictives (avril-juin 2020) avec les périodes de trois mois avant le confinement (janvier-mars 2020) et après (juillet-septembre 2020).

Environ 2,8 % des patients inclus dans l'étude ont connu des interruptions de traitement avant le confinement, 2,3 % pendant et 2,06 % après. Dans l'ensemble, 23 % de patients en plus ont connu des interruptions de traitement avant le confinement que pendant le confinement.

Les résultats variaient d'un pays à l'autre, mais le taux d'interruption de traitement après le confinement était plus bas que pendant, ou bien est resté plus bas qu’avant dans tous les pays évalués, à l'exception du Botswana.

Les services de traitement du VIH ont eu recours à des stratégies telles que le renouvellement du traitement dans des établissements alternatifs et au sein de la communauté, la distribution des médicaments pour des périodes plus longues, par exemple six mois au lieu de trois, et la mise en place de mesures de distanciation sociale et d'atténuation dans les cliniques.


La suppression virale en Ouganda s'améliore grâce à des tests de charge virale plus nombreux et plus rapides.

Diapositive de la présentation du Dr Vivek Jain à l'IAS 2021.
Diapositive de la présentation du Dr Vivek Jain à l'IAS 2021.

Des mesures simples visant à améliorer les commandes et les délais d'exécution des tests de charge virale en Ouganda ont permis d'améliorer de manière significative la suppression virale au bout d'un an, a-t-on appris cette semaine à IAS 2021.

Bien que les tests de charge virale soient bien établis dans le programme de traitement du VIH en Ouganda, leur utilisation pourrait s’améliorer. Les délais d'exécution entre la demande du test et la réception des résultats par le patient peuvent atteindre deux mois.

Vingt cliniques ont participé à un essai au cours duquel elles ont été randomisées pour soit continuer la procédure standard, soit mettre un ensemble d'interventions à l’essai.

Les interventions étaient les suivantes : une fiche dans le dossier des patients demandant aux médecins de préciser le taux de la dernière charge virale du patient et si un test avait été commandé ; l’accès aux résultats rapides dans un centre local grâce à un dispositif Cepheid Xpert  ; des scripts adaptés  à diverses situation à utiliser avec les patients lorsqu'ils parlent de la charge virale; et un retour régulier aux cliniques sur leurs performances.

L'étude a recruté des participants dans quatre groupes présentant des risques plus élevés de problèmes en l'absence de test de charge virale opportun (femmes enceintes et allaitantes, enfants et adolescents, personnes ayant une charge virale détectable et personnes en retard pour un test de charge virale) ainsi que des adultes ne présentant pas de risques élevés. Les résultats ont été comparés entre l'année précédant l'étude et la période d'intervention (2018-2020).

Le délai moyen d'exécution des tests de charge virale a diminué de 67 jours dans les cliniques d'intervention, mais est resté inchangé dans le groupe de contrôle. La moitié des résultats ont été reçus en moins d'un jour. La prescription de la charge virale conforme aux directives s'est considérablement améliorée dans les cliniques d'intervention.

La suppression virale s'est également améliorée dans les cliniques d'intervention. Après un an, 83 % des participants des cliniques d'intervention avaient une charge virale indétectable, contre 76 % dans les cliniques du groupe témoin.


Analyses scientifiques de Clinical Care Options

CCO

Clinical Care Options est le fournisseur officiel d'analyses scientifiques en ligne pour la conférence IAS 2021 grâce à ces résumés de capsules, de diapositives téléchargeables, de webinaires rapides d'experts et des commentaires de ClinicalThought.

Clinical Care Options organisera trois webinaires interactifs en direct pour les professionnels de la santé spécialisés dans le VIH les 22 et 23 juillet. Le professeur Chloe Orkin (Queen Mary University, Londres), le Dr Daniel R. Kuritzkes (Brigham and Women's Hospital, Boston) et le professeur Babafemi Taiwo (Feinberg School of Medicine, Chicago) feront une mise à jour rapide sur le congrès scientifique de l'IAS et répondront aux questions.