Un groupe de scientifiques
travaillant en Côte d’Ivoire ont peut être découvert un cas d’infection humaine
avec une nouvelle souche de virus d’immunodéficience animale, dans des
circonstances suggérant qu’il s’agit d’une infection directe par l’animal. La
recherche a été présentée à la 19ème conférence sur les Rétrovirus et
les Infections Opportunistes (CROI) à Seattle.
Il y a d’autres explications
possibles pour expliquer l’apparition d’une souche de virus VIH-2 jamais
observée auparavant dans une échantillon sanguin recueilli auprès d’un garçon
de 8 ans, mais les chercheurs pensent que leur découverte pourrait illustrer le
fait que les transmissions de l’animal à l’homme du virus de l’immunodéficience
continuent de se produire de temps en temps.
Le VIH-2 n’est pas un virus
particulièrement pathogène et la majorité des patients qui le contracte ne
développeront probablement jamais de symptômes cliniques et il reste à voir si
cette variété est transmissible ou s’il s’agira d’une seule infection à
impasse, ou même si c’est un virus viable.
Le VIH-2 est un virus d’immunodéficience
différent du VIH-1. Son hôte animal est le singe mangabey enfumé, natif d’un
territoire couvert de forêts en Afrique de l’Ouest, s’étendant du Sénégal à la
Côte d’Ivoire. Sabina Locatelli de l’Université de Montpellier en France a
rappelé à la conférence qu’il existe 8 sous-espèces connues de VIH-2 (de A à H),
chaque espèce représentant un transfert distinct du virus du singe mangabey
enfumé (SIVsmm) à l’homme. Nous le savons parce que les souches
de VIH-2 humaines sont aussi différentes génétiquement les unes par rapport aux
autres que les souches simiennes et ressemblent plus aux souches simiennes qui
y sont associées qu’aux souches humaines indépendantes. Seules les souches A et
B du VIH-2 ont provoqué plus d’une infection unique, et les précurseurs les
plus ressemblants chez les singes dans 5 des 8 souches, y compris A et B, ont
été découverts dans le parc national de Taï dans le sud-ouest de la Cote
d’Ivoire.
Les chercheurs ont donc analysés
respectivement 776 échantillons de plasma sanguin, dans les 18 villages
riverains du parc national Taï, pour des anticorps au VIH-1, au VIH-2 et aux
variétés de SIV observés dans les espèces locales de singes (pas seulement les
mangabeys enfumés). Lorsque les échantillons contenaient des anticorps pour les
antigènes VIH-2 ou SIV, les échantillons
étaient de nouveau analysés avec un test de charge virale par PCR pour détecter les infections virales actives. En
effet, la présence d’anticorps peut dans certains cas n’indiquer rien de plus
que la présence de protéines virales, au lieu d’une infection active dans le
sang. Les échantillons positifs au PCR
étaient ensuite analysés phylogénétiquement pour déterminer la souche de VIH-2
auxquels ils appartenaient.
Le VIH-1 était assez commun parmi
les villageois: 50 échantillons ont testé positifs pour le VIH-1 (7.8%). Six
échantillons étaient positifs pour le VIH-2 (0.8%), ce qui se rapproche de la
prévalence de VIH-2 dans la région (environ
1-2%). Trois échantillons ont testé positifs aux anticorps des espèces SIV: un
pour une souche découverte chez les singes colobes et deux pour une souche
correspondant aux souches découvertes chez les mandrills. Aucune de ces trois
souches n’a été positive par PCR,
indiquant que l’organisme des villageois réagissait au transfert passif des
antigènes des virus simiens circulant dans leur sang, mais qu’il n’y avait pas
d’infection virale active. L’âge de 5 personnes sur les 6 qui avaient un échantillon
positif aux anticorps du VIH-2 allaient de 40 à 70 ans, indiquant qu’une vague
historique d’infections au VIH-2 de type A/B ne se propageait probablement plus,
comme d'autres études l’ont montré.
Seuls trois des échantillons de
VIH-2 ont eu un résultat positif au test par PCR,
indiquant une infection active. Deux de ces échantillons correspondaient aux
souches A et B, une chez un homme de 60 ans et l’autre chez une femme de 40ans.
Le troisième virus était une
nouvelle souche. Elle ressemblait beaucoup plus à certains types de SIVsmm
plutôt qu’aux souches humaines du point de vue de sa protéine p24, mais
curieusement, la protéine d’enveloppe gp41 contenait un mélange de séquences
génétiques humaines et simiennes.
De plus, il a été découvert chez
un petit garçon de 8 ans. D’òu venait-il ? S’il s’agissait du VIH-2 la
conclusion évidente aurait été qu’il venait de sa mère, mais la transmission du
VIH-2 de la mère à l’enfant est virtuellement inconnue, ce qui est un des
facteurs limitant sa propagation. Une autre cause aurait pu être l’utilisation
de matériel médical non stérilisé. Toutefois, l’explication la plus probable
semble être l’infection de l’animal à l’homme, en particulier parce que les
trois test positifs d’anticorps SIV ont indiqué que le virus simien pouvait
fréquemment pénétrer l’organisme humain, par des coupures, des morsures, ou des
coups de griffes, sans provoquer
d’infection.
Les singes sont souvent
chassés : non seulement il y a un commerce important de viande dans la
région, mais les petits singes comme les mangabeys sont aussi souvent gardés
comme animaux de compagnies et un enfant peut contracter un virus simien, en
aidant à tuer un singe ou en jouant avec un animal de compagnie.
D’autres échantillons doivent
être prélevés et analysés avant de pouvoir déterminer avec clarté l’origine du
virus, y compris un échantillon provenant de la mère de l’enfant. Nous ne
savons pas encore si ce virus, s’il provient bien en effet d’un singe, est
transmissible entre hommes. Sa nature recombinante apparente est intrigante:
était-ce un virus simien et des séquences humaines ont facilité l’infection? Ou
des infections successives de VIH et de SIV qui se sont combinés dans
l’organisme du garçon ? Sa présence
montre que des virus de l’immunodéficience sont peut-être toujours en train de
passer de temps en temps de l’animal à l’homme, et la prévalence locale élevée
de VIH-1 montre que les conditions nécessaires à leur propagation persistent
dans de nombreuses régions.