L'utilisation des contraceptifs hormonaux augmente les risques d'infection et de transmission du VIH chez les femmes

Roger Pebody
Published: 22 July 2011

Une étude de deux ans, conduite dans sept pays, a conclu que les femmes utilisant des contraceptifs hormonaux, en particulier les formes injectables, sont plus à risque de contracter le VIH et de le transmettre à un partenaire sexuel masculin. Présentant les résultats à la conférence de l'International AIDS Society à Rome hier, Renée Heffron de l'Université de Washington a déclaré que des stratégies sont nécessaires pour améliorer l'accès et l’utilisation des contraceptifs à faible dose et les méthodes non hormonales - telles que le DIU (stérilet), les implants, les patchs ou les injectables combinés.

La nouvelle étude sera considérée avec les résultats d'un certain nombre d'autres études qui ont également trouvé une association entre l'utilisation de contraceptifs hormonaux et l’infection au VIH chez les femmes. Toutefois, ce lien n'a pas été systématiquement trouvé dans toutes les recherches. Plus particulièrement, une étude de cinq ans, menée avec 6109 femmes au Zimbabwe, en Ouganda et en Thaïlande,  a constaté que ni la pilule contraceptive orale combinée, ni les injections de DMPA (Depo-Provera)  étaient associées à l'infection au VIH.

Ces nouveaux résultats sont aussi remarquables pour leur recherche sur l'effet des contraceptifs sur la transmission aux hommes - un secteur jusque-là inexploré.

Les données proviennent d'une analyse de 3790 couples sérodiscordants (c'est à dire 7580 personnes) en Afrique du Sud, au Botswana, en Zambie, en Tanzanie, en Ouganda, au Kenya et au Rwanda. Dans les deux tiers des couples, la femme était séropositive, dans un tiers, l'homme.

Les couples ont été recrutés soit dans le cadre de l’étude « Partners in Prevention » (partenaires en prévention) ou de l'étude observationnelle des couples (une étude sur les corrélats immunitaires de la protection contre le VIH). Tous les trois mois, les données ont été relevées sur l'utilisation de contraceptifs et le comportement sexuel. Les partenaires séronégatifs ont été testés régulièrement pour le VIH; seules les séroconversions qui ont été déterminées par le séquençage des gènes comme avoir été acquises par le partenaire d'étude ont été inclus dans l'analyse.

La plupart des couples étaient mariés et avaient au moins un enfant ensemble, en moyenne.  À l'inscription environ un quart des couples ont déclaré avoir  eu des rapports sexuels non protégés au cours du dernier mois.  Une grossesse a eu lieu chez un quart des couples pendant l'étude de deux ans.

L'acquisition du VIH chez les femmes

Globalement, 21% des femmes séronégatives ont utilisé la contraception hormonale au moins une fois pendant la période d'étude. Les contraceptifs injectables ont été utilisés au moins une fois par 16% des femmes et la contraception orale a été utilisée au moins une fois par 7% des femmes.

Parmi les 1314 femmes séronégatives, 73 ont contracté le VIH. L’incidence chez les femmes utilisant la contraception était 6,61 pour 100 années-personnes, par rapport à 3,78 pour 100 années-personnes chez les femmes ne prenant pas de contraception.

Après l’ajustement des facteurs confondants dans l'analyse multivariée, les femmes utilisant une méthode hormonale avait deux fois plus de risque de contracter le VIH que les autres (rapport de risque 1,98, intervalle de confiance à 95% de 1,06 à 3,68).

Une analyse des femmes utilisant les méthodes injectables a donné des résultats similaires. Toutefois, les résultats n'étaient pas statistiquement significatifs pour les femmes utilisant des contraceptifs oraux,  peut être parce que moins de femmes ont utilisé ces méthodes pendant l'étude, il n'y avait donc pas la puissance statistique.

La transmission du VIH aux hommes

Parmi les hommes séronégatifs, un tiers de leurs partenaires féminines ont utilisé la contraception hormonale au moins une fois pendant l'étude. Les contraceptifs injectables ont été utilisés par 27% et la contraception orale par 9%.

Sur les 2476 hommes, 59 ont contracté le VIH de leur partenaire principal pendant l'étude. L'incidence du VIH chez les partenaires des utilisatrices de contraceptifs hormonaux a été 2,61 pour 100 années-personnes, par rapport à 1,51 pour 100 années-personnes chez les hommes dont les partenaires n'ont pas recours à la contraception.

Après l’ajustement statistique, les hommes dont les partenaires ont utilisé une forme quelconque de contraception hormonale avaient deux fois de chances de contracter le VIH que les autres (rapport de risque 1,97, intervalle de confiance à 95% de 1,12 à 3,45).

Encore une fois, les résultats correspondants aux injectables étaient très similaires, alors que ceux correspondants aux contraceptifs oraux n’étaient pas statistiquement significatifs.

Une raison possible de cette augmentation de la transmission des femmes aux hommes est que les utilisatrices de contraceptifs hormonaux avaient des taux de charge virale génitale plus élevées par rapport aux autres femmes.

Un examen d’échantillons génitaux des 1691 femmes, avec les chiffres ajustés pour la charge virale sanguine et le taux de cellules CD4, a constaté que les femmes utilisant la contraception hormonale étaient plus susceptibles d'avoir une charge virale génitale détectable et plus élevée (de 0,14 logs). La différence a été due aux utilisatrices d’injectables qui avaient 67% plus de chances d'avoir une charge virale génitale détectable par rapport aux non-utilisatrices.

Conséquences

«Il est clair que les avantages de la contraception hormonale efficace sont sans équivoque, surtout lorsqu’on pense à la mortalité maternelle - et le risque d'infection au VIH doit être mesuré contre ces avantages», a dit Renée Heffron.

Elle a recommandé de conseiller les femmes et les couples sur les risques du VIH et de l'importance de la contraception double - l'utilisation du préservatif en conjonction avec l'utilisation de contraceptifs hormonaux.

Ward Cates de Family Health International et le professeur Helen Rees de l'Institut de Wits sur le VIH et la Santé Génésique ont fait remarqué que les résultats soulignaient la pertinence du dispositif intra-utérin (DIU) comme choix de contraception pour les femmes dans les milieux à forte prévalence.

Rees a noté que la politique Sud-africaine sur la contraception était en train d'être révisée et prendrait en compte ces résultats. «Toute la politique est écrite dans le contexte du VIH, car les cas isolés de VIH n’existent pas dans notre environnement», a-t-elle dit.

Elle a noté que, bien qu’on pense actuellement que des méthodes hormonales à plus faible dose seraient plus sures, cela n'a pas réellement été testées empiriquement. Elle a appelé à des essais contrôlés randomisés, qui ne seraient pas soumis aux défis de partialité et de facteurs confondants qui peuvent être rencontrés dans toutes les études d'observation (y compris celle qui est décrite ici).

Elle a également fait remarquer que c’est particulièrement important d’établir la sûreté des méthodes hormonales à la lumière du mouvement vers les technologies polyvalentes de santé - telles que les microbicides et les anneaux vaginaux - ce qui pourrait éviter à la fois les grossesses non désirées, l'infection au VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles.

Référence

Heffron R et al. Hormonal contraceptive use and risk of HIV-1 transmission: a prospective cohort analysis. Sixth International AIDS Conference, Rome, abstract WEAX020620, 2011. 

Voir l’abstract WEAX0206 et voir la présentation, avec audio, sur le site Internet de la conférence

Traduction

Sylvie Beaumont

Lisez en ligne tous nos bulletins français sur la conférence : www.aidsmap.com/ias2011