L’elvitégravir une fois par jour est aussi efficace que le raltégravir

Liz Highleyman
Published: 21 July 2011
Jean-Michel Molina from Hôpital Saint Louis, Paris. ©IAS/Marcus Rose/Worker's Photos

L’inhibiteur d’intégrase expérimental, l’elvitégravir est tout aussi efficace que le raltégravir (Isentress) pour les personnes qui sont habituées au traitement et qui ont une pharmacorésistance étendue.  Il a également été bien toléré dans l'ensemble, selon les données présentées à la sixième conférence de l’IAS, cette semaine à Rome.

Les inhibiteurs de l'intégrase empêchent le VIH d'intégrer son matériel génétique dans les chromosomes de la cellule hôte, une nécessité pour la réplication virale. Le seul médicament approuvé dans cette classe, le raltégravir, a permis à de nombreux patients très habitués aux traitements de maîtriser leur charge virale. Toutefois, une résistance peut se développer s’il est utilisé sans suffisamment d'autres médicaments actifs.

L'elvitégravir est un inhibiteur de l'intégrase de la prochaine génération qui peut être pris une fois par jour, alors que le raltégravir est pris deux fois par jour. Mais il doit être utilisé avec un agent de potentialisation, soit du ritonavir (Norvir), soit du cobicistat, le nouveau 'pharmacoaméliorant'. L’elvitégravir et le cobicistat font partie d'un régime à comprimé unique, connu sous le nom de la pilule Quad (avec ténofovir/emtricitabine), qui est actuellement testée chez les patients qui n’ont jamais suivi de traitement.

Pendant la conférence de l'IAS, Jean-Michel Molina de l'Hôpital Saint-Louis à Paris, a rapporté les résultats de l'étude 183-0145, la première étude randomisée, de l'elvitégravir vs raltégravir pour le traitement des personnes ayant déjà suivi un traitement.

702 participants ont participé à cette étude internationale de phase 3. La plupart étaient des hommes et l'âge moyen était de 45 ans. Le taux de cellules CD4 moyen était d’environ 260 cellules/mm3. Près de la moitié des participants avaient des taux de CD4 inférieurs 200 cellules/mm3 et un quart avaient une charge virale élevée (> 100.000 copies/ml).

Environ les deux tiers avaient un virus résistant à deux ou à plusieurs classes de médicaments antirétroviraux. Cependant, ils ont pu assembler des régimes médicamenteux viables comprenant un inhibiteur de protéase actif, potentialisé par du ritonavir (le ritonavir potentialise également l'elvitégravir) et un troisième agent tels que l'étravirine (Intelence), le maraviroc (Celsentri) ou un inhibiteur nucléosidique/nucléotidique de la transcriptase inverse. Le darunavir potentialisé (Prezista) et le ténofovir (Viread) ont été les autres médicaments les plus couramment utilisés.

Les participants ont été randomisés pour recevoir, soit 150 mg d’elvitégravir une fois par jour (la dose a été ajustée s'il était utilisé avec certains médicaments) ou 400mg de raltégravir deux fois par jour. Les chercheurs ont étudié la proportion des patients atteignant une suppression de la charge virale après 48 semaines; l'étude continuera de suivre les patients jusqu’à 96 semaines.

L’Elvitégravir et le raltégravir se sont montrés être tout aussi efficaces, avec 59% et 58%, respectivement, atteignant un ARN VIH <50 copies/ml. Environ 20% dans les deux groupes ont connu un échec virologique. Les gains de cellules CD4 étaient également similaires à environ 140 cellules/mm3 dans les deux groupes.

Les deux médicaments à l'étude ont été bien tolérés et peu de personnes ont interrompu leur traitement en raison d'effets secondaires (3% vs 4%, respectivement). Les effets indésirables et les anomalies de laboratoire ont été généralement similaires, même si plusieurs patients sous elvitégravir ont signalé des diarrhées (12% vs 7%). Environ 20% des patients ayant subi un échec virologique ont développé des mutations de résistance aux inhibiteurs d'intégrase.

Les chercheurs ont conclu, sur cette base, que l'elvitégravir n’était pas inférieur au raltégravir lorsqu'il est administré avec un inhibiteur de protéase potentialisé actif.

Référence

Molina J-M et al. Elvitegravir once-daily is non inferior to raltegravir twice-daily in treatment experienced patients: 48 week results from a phase 3 multicenter, randomized, double blind study. Sixth International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Rome, abstract WELBB05, 2011.

Voir l’abstract WELBB05 sur le site Internet de la conférence

Traduction

Sylvie Beaumont

Lisez en ligne tous nos bulletins français sur la conférence : www.aidsmap.com/ias2011