Un programme de dépistage utilisant les réseaux sociaux en Tanzanie rurale est efficace pour identifier les personnes infectées non diagnostiquées

Roger Pebody
Published: 20 July 2011
Counsellors at the project in Tanzania. Image courtesy of Elizabeth Reddy.

Un projet pilote dans lequel les personnes séropositives encouragent leurs amis et leurs voisins à faire le test de dépistage du VIH a réussi à recruter un nombre élevé de personnes dont le VIH n’était pas diagnostiqué, a annoncé hier Elizabeth Reddy de l'Université Duke à la sixième conférence de l'International AIDS Society à Rome. Les personnes qui avaient elles-mêmes récemment fait le test de dépistage du VIH ont également recruté d’autres personnes pour faire le dépistage, mais une plus faible proportion de leurs contacts s’est avérée positive.

Le projet est une modification du programme de notification des partenaires. La notification des partenaires implique l’identification par les personnes ayant une infection sexuellement transmissible (souvent lorsque le diagnostic est récent) de leurs partenaires sexuels, Ceux-ci sont informés de leur exposition possible à l'infection et sont encouragés à se faire dépister.

Récemment, des projets pilotes dans sept villes américaines ont révélé que si on demandait aux personnes séropositives de contacter leurs amis et les membres de leur réseau social susceptibles de contracter le VIH (plutôt que leurs partenaires sexuels), un grand nombre de personnes dont l’infection n’était pas diagnostiquée se présentaient au dépistage.

Le projet présenté à la conférence de Rome a été établi dans la région rurale du Kilimandjaro au nord de la Tanzanie, où la prévalence estimée du VIH est de 1,9%. Le projet a demandé aux individus d’offrir des coupons donnant des détails sur les services de dépistage, à leurs partenaires sexuels, à leurs familles, à leurs amis et à leurs voisins.

Dans trois villages, des services de conseils et de dépistage volontaire ont été offerts, et les onze personnes qui ont eu un résultat positif au test de dépistage à ces endroits pendant la période d'étude ont été invitées à recruter d'autres personnes et on leur a fourni des coupons. Par ailleurs, un échantillon aléatoire de 312 personnes dont les résultats étaient négatifs ont également reçu les coupons. 

Au centre de soins et de traitement du VIH (à 20 km), un échantillon aléatoire de 75 patients séropositifs ont également reçu les coupons pour recruter d'autres personnes au dépistage.

Lorsque les recruteurs faisaient passer ces coupons à leurs contacts, les bénéficiaires pouvaient faire le test de dépistage à l'un des sites mobiles ou au centre de traitement, et les frais de déplacement étaient remboursés.

Les 323 recruteurs qui avaient eux-mêmes juste fait le test de dépistage ont accepté 702 coupons du personnel de la clinique, dont 46 ont été présentés plus tard par des personnes venant faire le test (un quart ne l’avait jamais fait auparavant).

Un individu a reçu un diagnostic de VIH en conséquence.

Les résultats ont été particulièrement impressionnants pour les contacts des recruteurs qui recevaient des soins au centre de traitement du VIH. Les 75 recruteurs ont accepté 249 coupons, ce qui s'est traduit par 41 personnes venant faire le test (plus de la moitié d'entre elle ne l’avaient jamais fait auparavant).

De plus, le VIH a été diagnostiqué chez 13 des personnes testées (un tiers). Cela contraste avec la prévalence locale de 1,9%.

Les chercheurs ont calculé que dans le cas des recruteurs du centre de traitement, neuf coupons ont été distribués pour chaque personne éventuellement testée, alors que pour les recruteurs des sites de dépistage, 35 coupons ont été distribués pour chaque test.

Bien que l’objectif du projet fût d'encourager le dépistage des partenaires sexuels, seuls 14% des personnes testées étaient des partenaires. Les personnes se présentant au dépistage étaient plus susceptibles d'être des amis ou des voisins (48%).

Les coupons ont été associés, grâce à un code, au recruteur. Ceci a indiqué clairement que les orientations des recruteurs n’ont pas forcément abouti au dépistage dans tous les cas. Dans le cas des recruteurs du centre de traitement, les orientations efficaces étaient plus susceptibles d'être faites par des individus qui étaient un peu plus âgés, par les personnes qui avaient révélé leur statut sérologique à l'extérieur du foyer et par les personnes venant de villages sans installation de dépistage du VIH. Plus de personnes sont venues au centre de traitement qu’aux sites mobiles de dépistage.

Les chercheurs ont conclu que, lorsque l'on travaille avec des patients dans le centre de traitement, ce programme a réussi à recruter les personnes plus à risque.

Référence

Reddy E et al. Effectiveness of a Pilot Voucher-Based Referral System to Enhance Uptake of HIV Testing by High Risk Clients in Northern Tanzania. Sixth International AIDS Society Conference on HIV Pathogenesis, Treatment and Prevention, Rome, abstract MOPDC0103, 2011.

Traduction

Sylvie Beaumont

Lisez en ligne tous nos bulletins français sur la conférence : www.aidsmap.com/ias2011