Le congrès de l’IAS à Rome est un moment historique pour la science du VIH d’après les experts

Keith Alcorn
Published: 17 July 2011
International AIDS Society President, Elly Katabira ©IAS/Marcus Rose/Worker's Photos

Le sixième congrès de l’International AIDS Society sur la Pathogénèse, le Traitement et la Prévention du VIH s’est ouvert dimanche soir à Rome dans l’enthousiasme, avec les leaders scientifiques proclamant que ce congrès représentera un moment historique pour la recherche sur le VIH.

“Nous sommes à un tournant scientifique de la réponse globale au SIDA," a déclaré le président d’IAS 2011 et de l’International AIDS Society, Elly Katabira.

“Nous avons vécu deux ans d’avances biomédicales importantes, ce que nous n’avions pas vu depuis la percée des antirétroviraux au milieu des années 90."

“L’enthousiasme sur ces progrès scientifiques, que ce soit au sujet de l’étude CAPRISA 004 sur un gel vaginal, ou de l’étude HPTN 052 sur le traitement comme méthode de prévention, les discussions sur la voie vers une cure, ou les signes encourageants relatifs à la PrEP ou aux vaccins, est ce qui va faire avancer les débats et les discussions que nous allons voir à Rome dans les prochains jours.

Plus de 5000 délégués se sont rassemblés à Rome cette semaine pour le congrès scientifique le plus important de l’année,  après deux mois de nouvelles scientifiques étourdissantes.

En mai, les résultats d’un essai sur le traitement antirétroviral des partenaires séropositifs chez les couples où un des partenaires n’était pas infecté, a montré que le traitement précoce réduisait les risques d’infection de 96%.

La semaine dernière, les résultats de deux études ont été publiés, montrant que si des individus séronégatifs prennent un ou deux médicaments antirétroviraux (soit du ténofovir, soit du ténofovir en association avec de l’emtricitabine), les risques d’infection au VIH sont réduits de 62 à 78%, selon les médicaments utilisés ou la régularité à laquelle ils sont pris.

Début juin, stimulés par les résultats des études de « traitement comme méthode de prévention », les gouvernements réunis au Nations Unis à New York se sont mis d’accord sur l’expansion du traitement avec l’objectif d’atteindre 15 millions de personnes en ayant besoin avant 2015. 

Le défi le plus important cependant est de rendre ces découvertes accessibles de façon à ce qu’elles restent tout aussi efficaces lorsque elles seront réalisées à l’échelle de millions d’individus, et de trouver un moyen de les financer.

“Nous devons nous souvenir que l’histoire nous jugera non pas sur nos découvertes scientifiques mais sur la façon dont nous les appliquons" a déclaré Michel Sidibé, le directeur exécutif de l’ONUSIDA, lors de son discours de la cérémonie d’ouverture.

Dr Katabira, qui était un des premiers médecins à traiter les patients du SIDA en Ouganda, a déclaré que bien que les chances de stopper la pandémie du VIH "se soient énormément améliorées, les défis se sont également accrus. Dans notre partie du monde, les preuves ne sont pas suffisantes."

"Si les politiciens continuent de croire que nous pouvons faire de petites choses ici et là, nous ne pourrons pas le faire."

Michel Sidibé a déclaré: “Les septiques disent que l’expansion du traitement est risqué et intenable à long terme. Ce qui est réellement risqué, réellement intenable, c’est d’attendre pour le traitement."

"Nous payons maintenant, ou nous payons à l’infini!" a t’il ajouté.

Cependant, il a fait remarqué que les contributions domestiques pour financer le coût de la réponse au SIDA, et les pays plus touchés, constituaient maintenant 53% de tout le financement.

Un décalage radical existait désormais sur le front des donneurs, entre les plus gros donneurs comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, et les autres pays riches qui n’ont pratiquement rien donné au Fonds Global de Lutte contre le SIDA, la Tuberculose et le Paludisme, et autres programmes.

Les activistes italiens étaient très critiques du pays hôte, l’Italie, car celle-ci n’a pas respecté ses promesses concernant le SIDA.

“Les promesses de notre premier ministre concernant les contributions aux Fonds Global depuis 2009 ont complètement échouées. L’Italie doit $290 millions,” a dit Filippo von Schloesser du réseau VIH activiste italien Nadir ONLUS.

Il a également accusé le gouvernement italien d’essayer de saper le concept de réduction des risques pendant les négociations aux Nations Unies, au moment où les agences internationales menant la lutte contre le VIH sont en train d’essayer de persuader les pays d’Europe de l’Est et d’Asie de l’importance des méthodes de réduction des risques pour limiter l’épidémie du VIH parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse.

Le congrès de l’International AIDS Society finira mercredi.

Suivez Keith Alcorn au congrès de l’IAS 2011 sur Twitter @keithalcorn

Traduction

Sylvie Beaumont

Lisez en ligne tous nos bulletins français sur la conférence : www.aidsmap.com/ias2011