Traitement anti-VIH

L’abacavir et la ddI associés à un risque accru de crise cardiaque

Le lien entre le traitement du VIH et un risque accru de maladie cardiovasculaire est bien connu.

Les derniers résultats de l'étude DAD, présentés à la quinzième conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI),  suggèrent que le traitement à base d’abacavir (Ziagen), un inhibiteur nuclésodique de la transcriptase inverse (INTI),  également présent dans les co-formulations de Kivexa et du Trizivir, et de ddI (didanosine, Videx) augmente de façon significative les risques d’infarctus du myocarde, ou de crise cardiaque.

Plus de 30,000 patients sont enrôlés dans l’étude DAD et les investigateurs ont eu près de 7 ans de données de suivi pour voir s’il y avait un lien entre le traitement aux INTI et un risque accru d’infarctus du myocarde.

Ils ont trouvé que le traitement à l’abacavir dans les six mois précédents augmentait le risque d’infarctus du myocarde de 94% et que le traitement récent à la ddI augmentait le risque de crise cardiaque de 53%.

Les chercheurs pensent que leurs conclusions sont particulièrement importantes pour les personnes à risque élevé de maladie cardiaque. Par exemple, les personnes qui fument ou les personnes qui ont des antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires.  

Les risques de crise cardiaque peuvent être réduits en arrêtant de fumer, en faisant de l'exercice et en ayant  une bonne alimentation. Les chercheurs ajoutent qu’un fumeur prenant de l’abacavir réduirait ses risques de maladies cardiaques en arrêtant de fumer plutôt qu’en arrêtant l’abacavir.

Les investigateurs recommandent aux patients qui prennent l’un ou l’autre de ces médicaments et qui se font du souci sur leur risque de crise cardiaque de parler à leur médecin pour voir si un changement de traitement serait nécessaire.

L’atazanavir chez les patients naïfs de traitement

L'atazanavir (Reyataz) n’est pas recommandé comme traitement anti-VIH de première ligne dans les directives actuelles sur le traitement anti-VIH au Royaume-Uni. Le Kaletra(lopinavir/ritonavir) est recommandé par ces directives pour les patients naïfs de traitement et est un choix populaire parmi les patients qui choisissent de commencer le traitement avec un inhibiteur de protéase.

L’atazanavir a certains avantages, en particulier le fait d’être pris une seule fois par jour et de sembler provoquer moins de diarrhées par rapport aux autres inhibiteurs de la protéase.

Une étude présentée à CROI a montré que l'atazanavir boosté au ritonavir peut être un choix sans danger et efficace pour les personnes commençant le traitement anti-VIH. Elle a montré que les patients qui commençaient le traitement antirétroviral avec une association de médicaments comprenant l’atazanavir une fois par jour étaient tout aussi susceptibles d’avoir une charge virale indétectable (inférieure à 50 copies/ml) au bout d’un an que les patients qui avaient commencé le traitement avec un régime contenant du Kaletra à prendre deux fois par jour.

Le taux de cellules CD4 a augmenté de façon égale chez les patients prenant les deux médicaments.  

Moins de patients sous atazanavir ont souffert de nausées ou de diarrhées et la quantité de lipides sanguins était aussi moins élevée chez les patients traités à l’atazanavir. Cependant, l’atazanavir peut causer un effet secondaire appelé l’hyperbilirubinémie qui provoque une jaunisse de la peau et du blanc des yeux mais qui est sans danger.

Interruptions de traitement

Il y a deux ans, l'étude SMART sur les interruptions de traitement avait été interrompue de bonne heure lorsqu’on a découvert que les patients qui faisaient des interruptions de traitement guidées par le taux de CD4 étaient beaucoup plus susceptibles de développer des maladies associées au VIH et certaines maladies graves non associées au VIH que les individus sous traitement anti-VIH continu.

Des résultats supplémentaires de l'étude SMART, présentés à CROI cette année montrent que les interruptions de traitement pourraient avoir des conséquences à long terme.

En effet, 18 mois après la fin de l’étude, le taux d’infections opportunistes associées au VIH et le nombre de décès restent plus élevés chez les patients qui ont fait des interruptions de traitement que chez les patients qui ont pris leur traitement anti-VIH continuellement.

Les investigateurs suggèrent que « l’interruption du traitement antirétroviral est associée à des conséquences à long terme au delà de la période d’interruption de traitement ».

Vicriviroc

L’année dernière le maraviroc (Celsentri) est devenu le premier inhibiteur de CCR5 à être approuvé.

D’autres molécules appartenant à cette classe d’antirétroviraux se comportent bien dans les essais cliniques, et les résultats sont encourageants dans les études sur la sécurité et l’efficacité d’une de ces molécules, le vicriviroc.

Les derniers résultats de ces essais montrent qu'une dose de 30mg de vicriviroc, une fois par jour, est sans danger et efficace chez les patients habitués au traitement. Dans l’étude, des individus extrêmement habitués au traitement ont été randomisés à prendre soit du vicriviroc, soit un placebo, plus un traitement de fond optimisé.  

La charge virale des patients qui prenaient du vicriviroc a beaucoup plus diminué que chez les patients qui prenaient un placebo, et leur taux de cellules CD4 a également beaucoup plus augmenté.  De plus, beaucoup moins de patients traités au vicriviroc ont connu un échec virologique.  

Les effets secondaires se sont produits aussi fréquemment chez les patients qui prenaient du vicriviroc que chez ceux randomisés à recevoir un placebo.

Un autre inhibiteur de CCR5 inhibitor – SCH532706

Un autre inhibiteur de CCR5 est sous investigation dans les essais cliniques, le SCH532706. La force de cette molécule est boosté au ritonavir..

La molécule est à un stade précoce de développement, mais les résultats chez douze patients séropositifs (dont quatre prenaient le traitement anti-VIH pour la première fois) montrent que dix jours de traitement au SCH532706/ritonavir a fait baissé la charge virale et augmenté le taux de CD4 de façon significative.

L’effet secondaire le plus commun était un estomac barbouillé, mais une personne a développé une inflammation du sac péricardique enveloppant le coeur,  qui d’après les chercheurs pourrait peut-être « être liée » à la molécule.

Prévention du VIH

Circoncision

Les indices laissent penser que les hommes circoncis sont moins susceptibles d'être infectés par le VIH.

Mais les résultats d'une étude présentée à CROI montrent que la circoncision n'est pas la panacée de la prévention du VIH. L'étude a montré que loin de protéger, la circoncision peut en fait être associée à un risque accru de transmission du VIH. Les épouses des hommes séropositifs circoncis ont un peu plus de chances d'être infectées par le VIH que les épouses des hommes non circoncis.

L’étude a été conduite à Rakai, en Ouganda et plus de 1000 hommes séropositifs y ont participé. L’incidence annuelle de VIH était de 14% chez les femmes d’hommes circoncis et de 9% chez les femmes d’hommes non circoncis.

Les investigateurs ont décrit ces résultats comme étant « inattendus et décevants ».  

Mais les hommes séropositifs circoncis avaient trois fois moins de chances d’avoir une maladie d’ulcère génitale. Cette infection a été associée à un risque accru de transmission du VIH.

Le traitement de l’herpès génital ne réduit pas le risque de VIH pour les hommes et les femmes

L’herpès génital (HSV-2) a été associé à un risque accru de VIH.  

Il a été suggéré que le traitement quotidien à l'aciclovir, un médicament contre l’herpès, peut réduire les risques d’infection au VIH pour les personnes souffrant d’un herpès.

Mais les résultats des études, impliquant plus de 1800 hommes gais souffrant d'un herpès génital aux Etats-Unis et au Pérou et 1300 femmes hétérosexuelles avec HSV-2 en Afrique, montrent que le traitement à l'aciclovir ne réduit pas les risques d'infection au VIH.

Les individus ont été randomisés à recevoir 400mg d’aciclovir deux fois par jour ou un placebo. Il y a eu 75 nouveaux cas d’infection au VIH parmi les patients qui recevaient l’aciclovir et 64 parmi ceux qui ont reçu le placebo.

Une étude conduite parmi les femmes en Tanzanie et présentée à la conférence internationale de ’AIDS Society’ l'année dernière a également montré que le traitement quotidien à l'aciclovir ne réduisait pas les risques de VIH.

Le traitement anti-VIH et l’infectiosité

La semaine dernière, des experts en VIH suisses ont publié une déclaration annonçant que les individus sous traitement antirétroviral dont la charge virale était indétectable depuis six mois ou plus et qui n’avaient pas d'infection sexuellement transmissible ne devaient pas être considérés comme capables de transmettre le VIH à leurs partenaires sexuels.  

C’était une déclaration controversée, mais elle a aidé à concentrer l’attention sur la capacité du traitement antirétroviral à réduire les transmissions du VIH.

Maintenant, une étude conduite en Ouganda et présentée à CROI suggère que le traitement anti-VIH associé à l'éducation sur les rapports sexuels sans risques et au soutien de l'observance pourrait diminuer de 91% les transmissions du VIH.

L’étude a duré 3 ans. 62 couples sérodiscordants ont participé à l’étude. Un seul partenaire a été infecté pendant l’étude et cette infection s’est produite peu de temps après l’initiation du traitement anti-VIH.

On pense qu’une seule infection s’est produite parce que le mari de la femme infectée avait une réaction lente au traitement et a mis six mois à atteindre une charge virale indétectable.

VIH et hépatite C

Les hommes séropositifs gais sont réinfectés par l’hépatite C

Plusieurs poussées d'hépatites C sexuellement transmises ont été rapportées parmi les hommes séropositifs gais.

De nouveaux indices suggèrent  que certains hommes sont réinfectés par l’hépatite après avoir reçu un traitement réussi contre l’hépatite C. Il est possible que les infections sexuellement transmissibles, comme la syphilis et le lymphogranuloma venereum (LGV), jouent un rôle dans la réinfection à l’hépatite C.

Le traitement de maintien à l’interféron pégylé est sans valeur

Seule une minorité de patients séropositifs souffrant d’une hépatite C chronique répondent bien au traitement contre l’hépatite C.

Les médecins voulaient voir si, donner un traitement de maintien ultérieur à l'interféron pégylé aux patients qui ne répondent pas au traitement à l'interféron pégylé et à la ribavirin ralentirait le taux de fibrose.

Ils ont randomisé les patients à recevoir ce traitement de maintien ou à être observés. L’étude devait durer 72 semaines.  Les médecins ont examiné les prélèvements de biopsie du foie au début et à la fin du traitement pour comparer la progression de la fibrose dans les deux groupes de patients, afin de voir si le traitement de maintien avait de la valeur.

Mais il n’y a eu aucune différence entre les deux groupes de patients et l’étude a été interrompue de bonne heure.

News from CROI 2008