Des chercheurs ougandais travaillant en collaboration avec une équipe de l’Université de Californie à San Francisco, ont mesuré l’adhésion dans les 24 premières semaines de traitement chez 97 patients ayant commencé une thérapie avec Triomune ou Maxivir.
Publiés sous leur forme préliminaire dans l’édition du 15 août du Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes, leurs résultats ont été réactualisés pour la XVème conférence internationale sur le sida.
L’étude a comparé quatre méthodes d’évaluation de l’adhésion : 1) rapport par le patient sur le nombre de prises ratées dans les trois derniers jours 2) échelle analogue visuelle des pourcentages de prises ratées sur les 30 derniers jours 3) contrôle électronique des prises et comptage des comprimés à domicile, sans que les patients en soient informés à l’avance.
Des évaluations de l’adhésion des patients ont été effectuées au cours des 12 premières semaines de traitement, grâce à des visites à domicile.
Si les quatre-vingt-dix-sept patients ont débuté leurs traitements, 10 % d’entre eux ont dû les interrompre à cause d’une tuberculose active (la rifampicine, prescrite dans le traitement de la tuberculose, réduit les taux sanguins de névirapine).
Un tiers des patients étaient de niveau scolaire primaire, 63 % d’entre eux étaient des femmes et un quart étaient sans emploi. Selon le JAIDS, durant la première partie de l’étude, 53 % des patients avaient un revenu mensuel de moins de 50 $, ce revenu étant considéré comme modeste en Ouganda. Triomune coûtait entre 20 et 25 $ par mois pendant la période rapportée de l’étude (septembre 2002 – juillet 2003), ce qui signifie une dépense mensuelle conséquente pour les médicaments.
Pendant cette phase de l’étude, l’adhésion moyenne a été de 94.4 % sur les trois derniers jours, 93.5 % sur les trente derniers jours, 90.9 % selon le contrôle électronique et 93.7 % selon le comptage des comprimés. Il n’y a pas eu de différences significatives entre ces quatre mesures, ce qui suggère, dans le contexte ougandais, qu’un rapport sur les trois derniers jours est aussi efficace qu’un rapport sur les trente derniers jours.
Les chercheurs font remarquer que le rapport sur trente jours (les patients tracent une courbe sur une échelle graduée afin d’indiquer la proportion de comprimés qu’ils ont prise) a été beaucoup plus facile à gérer. Étonnamment, ses résultats se recoupent avec ceux du rapport sur les trois derniers jours, malgré une gestion plus compliquée qu’avec ce dernier.
A la 12ème semaine, la charge virale était significativement associée à toutes les mesures d’adhésion. Une décroissance non significative de l’adhésion entre la 12ème et la 24ème semaines a été rapportée à la conférence, laissant entendre que de plus longues études sur l’adhésion aux traitements dans le contexte africain sont nécessaires.
La limite majeure de l’étude, déclarent les chercheurs, est la possibilité que la méthode de contrôle (visites à domicile) pourrait avoir eu un effet indirect de renforcement de l’adhésion. Cependant, étant donné que la plupart des programmes qui sont actuellement en train d’introduire les antirétroviraux en Afrique prévoient des formes diverses de soutien à l’adhésion, cette limite ne risque pas d’avoir une influence majeure sur une extrapolation généralisée des données recueillies.
Autre mise en garde : comme les chercheurs l’ont rappelé, l’étude a porté sur l’adhésion à un unique comprimé par jour (Triomune est une co-formulation de 3 médicaments). Selon eux, "l’adhésion à des régimes thérapeutiques plus complexes pourrait être plus faible."
Cette hypothèse a été confortée par des données provenant d’Espagne et montrant que quand les patients changeaient de traitement et se retrouvaient avec moins de comprimés à prendre, leur adhésion s’améliorait (voir l’article intitulé : "Moins de pilules facilite une meilleure observance, révèle une étude espagnole").
Comme cela se voit souvent, les patients sont passés d’un traitement avec un inhibiteur de protéase et beaucoup de comprimés à prendre, à un traitement plus compact avec un comprimé d’efavirenz et un ou deux comprimés d’analogue(s) nucléosidique(s) deux fois par jour. A noter qu’en termes d’adhésion, aucune comparaison des plus petites différences en nombre de comprimés n’a été effectuée.