La prophylaxie pré-exposition est efficace chez les femmes, constatent deux études

Gus Cairns
Published: 19 July 2011

Deux études sur l'utilisation de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale chez les personnes hétérosexuelles montrent que la PrEP par voie orale permettra de protéger les femmes contre le VIH.

La 6ème;Conférence de l’IAS à Rome a découvert hier les données supplémentaires provenant de deux essais de prophylaxie pré-exposition chez les hétérosexuels. Les premiers résultats de ces essais, l’essai intitulé Partners PrEP et l’essai TDF2, ont été annoncés le mercredi 13 Juillet . Ce fut lorsque le groupe placebo de l'essai Partners avait été fermé, bien avant la date prévue, lorsqu’on avait réalisé qu'il y avait beaucoup plus d’infections dans ce groupe que chez les personnes prenant la PrEP antirétrovirale.

Les nouvelles données sur la PrEP chez les hommes et les femmes étaient très attendues, car une autre étude de prophylaxie pré-exposition chez les femmes, FEM-PrEP , a fermé récemment après n’avoir trouvé aucune efficacité pour le Truvada, et on avait posé l’hypothèse que la PrEP par voie orale pourrait ne pas être efficace chez les femmes parce que les concentrations médicamenteuses dans l’appareil génital étaient trop faibles.

Il était prévu d’annoncer les résultats de l'essai TDF2 à la conférence de l'IAS, mais ils ont été en fait annoncés en même temps que les résultats de Partners PrEP, et une session extraordinaire a été convoquée à la conférence pour y rapporter des données supplémentaire sur les deux études.

L’étude Partners a comparé le ténofovir et le ténofovir / FTC (Truvada) versus placebo en PrEP chez les couples sérodiscordants (une personne séropositive, une  séronégative) au Kenya et en Ouganda, tandis que l'étude TDF2 a comparé le Truvada versus placebo chez les hommes et les femmes hétérosexuels au Botswana.

En bref, l'étude Partners a révélé que le ténofovir a une efficacité de 62% dans la prévention de l'infection au VIH et le Truvada une efficacité de 73% ; il n'y avait aucune différence statistiquement entre l'efficacité du Truvada et du ténofovir.  Dans l'étude TDF2, Truvada a eu une efficacité de 63%, mais a été efficace à 78% chez les patients qui avaient reçu les derniers médicaments de l'étude moins d'un mois auparavant et qui avaient donc des pilules disponibles.  

Efficacité chez les hommes et chez les femmes

Dans l'étude Partners PrEP, le partenaire séronégatif était de sexe féminin dans 38% des 4758 couples. Il n'y avait aucune différence entre l'efficacité du ténofovir ou du Truvada entre les hommes et les femmes. L'efficacité du ténofovir a été de 68% chez les femmes et de 58% chez les hommes par rapport au placebo, l'efficacité de Truvada est de 62% chez les femmes et 83% chez les hommes. Aucune des différences entre les hommes et les femmes, ou entre le ténofovir et le Truvada, n’était statistiquement significative.

Les chiffres non ajustés de l'étude TDF2 ont d’abord suggéré qu'il pourrait y avoir une certaine différence d'efficacité entre les hommes et les femmes. Il est important de noter que cette étude n'était pas conçue pour démontrer l'efficacité, ce qui signifie que, en raison du petit nombre d'infections par rapport à ce qu’on prévoyait - même un résultat positif statistiquement significatif se base sur trop peu de cas pour qu'il soit considéré comme convaincant du point de vue de l’efficacité. Néanmoins, le fait de trouver une l’efficacité de 63% par rapport au placebo était statistiquement significatif.

Dans cette étude, 45% des 1200 participants étaient des femmes. L'efficacité du Truvada chez les hommes était de 80% (deux infections à VIH chez les hommes prenant du Truvada contre dix dans le groupe placebo), ce qui est statistiquement significatif. L'efficacité chez les femmes était de 49% (sept infections sous Truvada contre 14 sous placebo), cette importance a donc été perdue du point de vue statistique.

Toutefois, lorsque seuls les participants qui s’étaient réapprovisionnés en pilules à la clinique au cours des 30 derniers jours ont été comptés, il y a eu trois infections chez les femmes sous Truvada contre 13 sous placebo. C’est une efficacité de 75,5%, ce qui est statistiquement significatif (p = 0,021). Chez les hommes de ce groupe, il y a eu une infection sous Truvada contre six dans le groupe placebo (82% d'efficacité), ce qui n’est pas statistiquement significatif, en raison du petit nombre.   

Autres données – L’étude Partners

Etant donné que l'étude Partners n'a que récemment fermé son groupe placebo, peu d'autres résultats ont été annoncés. Les patients du groupe placebo se verront offrir du ténofovir ou du Truvada. Les bénéficiaires du médicament actif continueront de ne pas savoir s’ils prennent du ténofovir ou du Truvada pour voir si les résultats restent semblables.

Le présentateur Jared Baeten de l'Université de Washington a déclaré que l'adhésion a été excellente tout au long, avec environ 97% d’observance dans tous les groupes, et une forte corrélation entre l’observance rapportée et le nombre de pilules. Baeten a spéculé que l'adhésion pourrait avoir tendance à être plus élevée dans les couples, en particulier chez ceux qui ont reçu ensemble des conseils sur l'adhésion et les risques sexuels, car ils auraient tendance à prendre soin l’un de l’autre. Bien que 27% des couples aient déclaré avoir des rapports non protégés au cours du mois précédant le début de l’étude, cette proportion a chuté pendant l’étude jusqu’à à environ 10% au 30ème mois.

Les données initiales sur la sécurité n'ont pas soulevé d'inquiétudes, avec des taux similaires d’effets indésirables et d’anomalies de laboratoire. Il y a eu 17 cas de créatinine élevée (indicatif de troubles rénaux) pour le ténofovir et 20 pour le Truvada contre douze pour le placebo – ce qui ne représente pas une différence significative.  

L’incidence de nausées a légèrement augmentée pendant le premier mois chez les patients sous ténofovir ou Truvada (6,3 et 5,9%) par rapport au placebo (4,5%) mais il n’y a eu aucune différence après le premier mois.  

Autres données – TDF2

L'adhésion dans l'étude TDF2 était légèrement inférieure; en prenant en compte le nombre de pilules, elle était d'environ 84%, ce qui rend les mesures d'efficacité rapportées encore plus impressionnantes. L’observance était la même chez les séroconverteurs et les autres dans le groupe du Truvada, et elle était légèrement plus élevée (93%) dans le groupe placebo. Aucune différence n'a été observée dans le comportement sexuel: dans tous les groupes, 14% ont rapporté avoir eu plus d'un partenaire sexuel au cours du mois précédent et 81% ont rapporté une utilisation régulière des préservatifs.  

Il y a eu une différence statistiquement significative pour les nausées entre les récipients du Truvada (19%) et du placebo (7%) et aussi dans les vomissements (11,5 et 7%) et les étourdissements (15 contre 10,5%), mais le présentateur Michael Thigpen n'a pas précisé si ces effets indésirables étaient concentrés dans le premier mois. Il n'y a eu aucune différence dans le taux d'effets indésirables graves (environ 9% dans tous les groupes). 

Les analyses à venir examineront : l'efficacité chez les participants ayant des niveaux variables d'adhésion; les taux des médicaments pour l'efficacité et l'observance; les changements dans la densité minérale osseuse et les tendances au cours du temps par rapport aux comportements à risque. Tous les participants prendront désormais du Truvada s'ils le désirent.

Les infections aiguës et la résistance

Parmi les données présentées les plus importantes étaient celles concernant l'infection aiguë. Dans l’étude Partners PrEP, douze participants qui avaient eu un test de VIH négatif lors du dépistage initial ont eu une infection au VIH aiguë.

Dans l’étude TDF2, il y a eu un participant qui a commencé à prendre du Truvada tout en ayant une infection aiguë au VIH, et il a développé un VIH résistant à plusieurs médicaments. Il/Elle a testé positif pour la mutation K65R de résistance au ténofovir et la mutation M184V du FTC; il / elle a également eu une mutation A62V couvrant de nombreux INNTI, ce qui suggère que le virus contracté n’était pas de type sauvage.  Cette personne est actuellement indétectable sous AZT, 3TC et lopinavir.

Un cas de séroconversion, avec un VIH contenant une légère mutation K65R dans le groupe placebo, a également été constaté. Ceci nous rappelle que l'un des aspects les plus problématiques de la PrEP est la nécessité d'exclure les patients qui sont dans le processus de séroconversion au VIH, et aussi qu'elle ne protège pas contre les virus résistants aux médicaments.

Références

Baeten J Antiretroviral Pre-Exposure Prophylaxis for HIV-1 prevention among heterosexual African men and women: the Partners PrEP Study. Sixth IAS Conference, Rome, abstract MOAX0106, 2011.

Thigpen M et al. Daily oral antiretroviral use for the prevention of HIV infection in heterosexually active young adults in Botswana: results from the TDF2 study. Sixth IAS Conference, Rome, abstract WELBC01. Read abstract here.

Voir la présentation de l'étude PrEP Partners, avec audio, sur le site de la conférence

Voir l'abstract de l'étude TDF2 sur le site de la conférence

Voir la présentation de l'étude TDF2, avec audio, sur le site de la conférence

Traduction

Sylvie Beaumont

Lisez en ligne tous nos bulletins français sur la conférence : www.aidsmap.com/ias2011